3.19.2011

Avoir 15 ans au Brésil

15 ans, la jeune brésilienne est présentée officiellement à la société lors d’un merveilleux bal

des débutantes.

Engoncée dans son adolescence, la jeune fille en fleur revêtira sa robe de bal, blancheur

virginale, avant-goût du mariage, pour une soirée inoubliable où ses parents recevront en son

honneur ses jeunes amis tout aussi apprêtés, leur famille au grand complet, proches et notables

de la ville.

Il convient de recevoir à la hauteur de son statut. Les dépenses sont colossales et le faste est

de mise.

Notre expérience ici n’est pas des moindre, il s’agit d’un grand propriétaire terrien leader de

l’industrie du soja au cœur d’un des états phare pour ce secteur, Uberaba, Minas Gerais.

La jeune Olivia, troisième et dernière fille de la famille clôturera donc le triptyque des festivités

de 15 ans familiales qui ne coûtent pas moins de R$ 200 par personnes (en parité de pouvoir

d’achat, compter 200!),.

Environ 250 personnes se retrouvent dans les salons de la Maison Blanche, lieu de réception

des plus chics de la ville, les coiffeurs et salons de beauté n’ont pas désempli du samedi, “tenue

sociale complète exigée” conformément à la dernière ligne en lettres anglaise du carton

d’invitation.

A 10h30, une heure après l’heure officielle du début de la réception, les premiers invités se

présentent aux réceptionnistes en smoking, descendent de leurs voitures aux vitres teintées et

tendent négligemment leurs clés aux chauffeurs qui partiront garer les voitures de ces

messieurs.

Défilé de robes longues en taffetas, drapés satinés et joailleries scintillantes, les femmes vont

perchées sur des talons interminables et d’une finesse confondante aux semelles rouges

(Louboutin est donc arrivé jusqu’ici), coiffures travaillées, cheveux lissés ou délicatement ourlés,

de 4 à 65 ans, les convives sont sur leur 31 pour assister à cet anniversaire qui s’annonce aux

dires du tout Uberaba, “une très belle fête”.

La décoration, réalisée par une artiste en vue de Sao Paulo est très élégante; d’énormes

bouquets de roses en centres de table sont habilement éclairés par des spots en hauteur, les

tentures murales aux motifs modernes flanquent d’immenses miroirs aux encadrures bois

patinées, les espaces “lounges”, salons anglais canapé et table basse en bois massif alternent

avec les tables rondes dressées pour le dîner

En marge de ce salon de roses et de lumières tamisées se dressent les buffets…

Le buffet froid propose sushi et canapés aigres-doux, fromages italiens et crêpes dentelle

fourrées au serrano espagnol, tandis que le buffet chaud, un peu plus loin, offre des risotto de

ceps, de morue ou de tomate mozzarella, poêlé á la demande, ou des pommes de terres

fourrées. Les serveurs virevoltent autour des roses pour compléter le festin apportant sur leurs

plateaux argentés des petites terrines de bobo de camarão (plat à base de crevette du

Nordeste) et tartelettes de fondue de poireaux.

D’autres servent les boissons; whisky “importés”, cocktails de tout type, rafraichissements et

mousseux italiens. Autant de breuvages qui petit à petit feront oublier aux adolescents pré

pubères leur acné et la largeur d’épaule de leurs costumes neufs.

Sur la piste aux couleurs disco, les carrés d’acrylique s’illuminent au rythme des talons claqués

par les jeunes filles au son du « baile funk », au fur et à mesure de la nuit, les danses se

déchainent, les filles s’émancipent et les flirts se multiplient dans les coins du salon… Dans les

toilettes, les larmes succèdent aux rires avinés, les adolescentes partent en vrille… les vestes

sont déjà tombées. Vers 2h00 du matin, de jeunes échevelés débitent sans pudeur les surplus

d’alcool consommés sans modération… Bois du Red label, tu seras un homme mon fils !

Vers 3h00 les premiers convives quittent la fête en passant par la table des douceurs (le gâteau

de 5 étages rose et blanc est entouré artistiquement par des myriades de fleurs en papiers

renfermant des chocolats fourrés au confit de maïs, à la praline ou au chocolat amer, les

« brigadeiros », sortes de truffes au lait concentré et petits pots de verre remplis de crème au

chocolat au nom de la fêtée), à la sortie, chacune de ces dames reçoit une paire « d’Havaianas »

roses bonbon percée d’un petit nœud argenté dans un sac en tulle rosé…

La réception s’est terminée après 6h00 au petit matin, j’ai assisté à ma première « festa de 15

anos », Alice au pays des merveilles, exubérance et folie, étrangeté onirique. Pour ma part, à

4h30, je retirais patiemment les 37 épingles à cheveux piquées dans mon chignon « efeito

natural » et m’endormais fatiguée et endolorie d’être restée perchée sur 8 cm de talons avec

mon centre de gravité fortement compromis en ce 6ème mois de grossesse

2.22.2011

chroniques brésiliennes, le Brésil de dedans

On s’imagine le Brésil sous les cocotiers sur un fond coloré de plumes et de paillettes, de longues plages de sable blanc où des corps d’athlètes bronzés taquinent la balle comme des dieux … Mon Brésil est bien différent et vaut la peine d’être conté.

C’est le Brésil de « la roça », le far west sud américain où les cowboys modernes y côtoient les grands producteurs de soja.

Le paysage urbain des quelques villes qui parsèment des milliers de kilomètres de plantations est récent et encore un peu anarchique. Planté d’immeubles et quadrillé de rues grossièrement asphaltées, les grosses Chevrolets américaines y règnent en dictatrices.

Ici point de plage, l’Atlantique est a plus de 800 kilomètres, l’air est humide en été, les orages dantesques alternent avec des chaleurs suffocantes qui font fondre les rares piétons qui s’aventurent au milieu des klaxons. Le commerce de rue cependant est florissant en ces moments de boom économique insufflé par Lula et le grossissement d’une classe sociale qui découvre enfin l’American way of life. On y achète des écrans plasma en 12 fois sans frais, on y finance sa maison et sa voiture avec l’aide de l’ëtat qui s’est fait providence depuis que le pays est devenu le grenier du monde chaque jour plus gourmand. Le soja, le maïs, la canne à sucre et ici surtout, la viande, rapportent gros.

Capitale de l’amélioration de la race bovine pour l’industrie laitière ou carnée, l’agrobusiness est le moteur du triangle mineiro, une région de l'ouest de l'État du Minas Gerais, située entre les rivières rio Grande et rio Paranaíba, qui se rejoignent pour former le rio Paraná.

Point de shorts donc et de chemisettes bariolées, les hommes ici vont en jean, bottes en peau d’autruche et chemise impeccablement repassée. Il n’est pas rare de croiser un stetson pour parfaire l’uniforme du « fazendeiro » en goguette. Celui-ci écluse d’ailleurs des litres de bière le soir au coin du… téléviseur qui hurle les matchs de foot et les nouvelles du pays dans tous les établissement de la ville.

Les balades à la française sont difficiles à trouver, les espaces publics, parcs ou autres petits bois municipaux que mes compatriotes affectionnent pour flâner sur le chemin de l’école n’existent pas. Sécurité oblige, les sorties sont murées, les investissements exclusivement privés et les parcs bétonnés. Dans un pays où les hommes ont lutté pendant des générations pour dominer l’exubérante Nature, il semblerait qu’ils sont parvenus à l’éradiquer totalement.

En marge des fermes usines, dans le cœur des villes satellites des océans de plantation transgéniques, les autochtones sortent donc bien peu, le ronronnement des téléviseurs et des climatiseurs dans les hauteurs des immeubles dressés étouffent le peu d’énergie que le soleil aura laissé au citoyen et sa citoyenneté se répand sur son sofa, commande une pizza et referme le journal.

Attention, ne nous y trompons pas, la vie y est douce cependant. L’hospitalité brésilienne s’enrichie de la simplicité des hommes de la terre qui dans leur bonhommie vous font se sentir bien très vite. En trois générations, un brésilien descendant d’esclave devient ici universitaire . La classe laborieuse a ceci de magique, elle façonne son futur chaque jour à une vitesse que l’Europe ne peut connaître.

L’expérience est encore jeune et la réflexion ne demande qu’à mûrir, il s’agit là d’à priori et de sentiments bruts et premiers qui ne demandent qu’à découvrir plus et mieux un monde bien différent et fort prometteur.

Uberaba, février 2011